Le temps n'a pas toujours une égale valeur,
Tu fuis et je reste immobile,
Je t'attends ; cela met quelque chose en mon cœur
De douloureux et de fragile !
J'entame avec l'instant un infime combat
Que départage le silence.
L'heure, qui tout d'abord semblait me parler bas,
Frappe soudain à coups de lance.
Elle semble savoir, et garder son secret,
Le destin se confie à elle ;
On ne pénètre pas dans cette ample forêt
Où rien n'est promis ni fidèle !
— Puisque la passion, en son sauvage galop,
Gaspille sa richesse amère,
Révérons ces instants de la vie éphémère
Dont chacun te semble si souvent de trop ! —
Attendre : épuisement déchirant de l'espérance,
Tentatives vers le hasard,
Douleur qui se prolonge, indécise souffrance
De savoir quand il sera tant de n'être plus trop tard !
Impatience juste, exigeante et soumise,
À qui manque, pour bien lutter,
Le pouvoir défendu de refaire à sa guise
L'univers puissant et passionné !
— Certes, mon cœur ne te fait aucun reproche
Des minutes que tu perds ;
Tu me sais, tu me sauras, vivante, active, présente et proche,
Moi, cependant, je t'attendrai, autant que je t'espère !
Sans doute la démente et soudaine tristesse
Qui se mêle aux jeux éperdus
Est le profond sanglot refoulé que nous laisse
La douleur et la peur d'avoir tant attendu...
A.N.